Date du Jour :25 septembre 2020

Macron et de Gaulle, même combat ?

Comment se rapprocher des Français ? Comment combler le fossé qui le sépare de ses concitoyens ? Ce fossé, parfois abyssal, est le principal ennemi du président de la République, son talon d’Achille pour une réélection en 2022. En rendant hommage à Charles de Gaulle, ce dimanche à Montcornet, dans l’Aisne, Emmanuel Macron reprend son bâton de pèlerin de la mémoire nationale avec une opiniâtreté indiscutable. Paradoxe : Montcornet n’est pas le symbole d’un triomphe du père de la Constitution de la Ve République, mais le lieu d’une défaite. Celle d’un colonel presque quinquagénaire, à la tête d’une division de chars, tentant d’arrêter la progression de la 10e Panzerdivision allemande.

Dans l’Aisne, Macron honore de Gaulle et « l’esprit français de résistance »

L’opération fut un échec. Pourquoi donc aller, en plein déconfinement, célébrer un revers de l’armée française ? Décidément, ce président a l’art de nous dérouter. Et si ce petit flash-back sur un jour noir de l’histoire du pays était une manière de se remonter le moral ? Quel message cherche-t-il à nous envoyer ? Que c’est dans la défaite que se forgent les grands destins. C’est le 17 mai 1940 que ce colonel inconnu a décidé d’enter en résistance, un mois avant l’appel du 18 juin. Emmanuel Macron, lui aussi, a le sentiment d’être une victime, et peut-être un héros, espère-t-il, de l’adversité.

Un char AMX-13 sur le mémorial de la bataille de Montcornet de 1940. (Szeder László / CC BY-SA)

Aujourd’hui, les cuirassés d’Hitler ont été remplacés par l’armée invisible du Covid-19, mais aussi par les dangers de dislocation de notre société. Qui peut relever ces nouveaux défis, historiquement aussi lourds de sombres perspectives, sinon lui-même ? Qui peut entrer en résistance ? Sur la scène politique française, il a beau chercher, il ne voit que lui. Alors, il peaufine son image de dernier des Mohicans, de la planche de salut, de l’homme qui reste debout dans la tempête.

Durant les trois premières années de son quinquennat, on l’a vu courir derrière une kyrielle de figures historiques. La liste est pléthorique : Jeanne d’Arc, Clémenceau, de Gaulle, bien sûr, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, jusqu’au maréchal Pétain pour son rôle éminent dans la victoire de 1918. Célébration douteuse et sujette à polémiques qui n’ont pas manqué, tant la mémoire nationale n’a retenu que l’image de l’homme de la collaboration avec les nazis.

Macron, « relativiste » de l’histoire

L’histoire n’est jamais simple. C’est ce que tente d’enseigner ce président disruptif, parfois imprudent. Il prend rarement de gants avec la vérité et souffle souvent sur les braises, comme lors d’un déplacement en Algérie, où il s’en est pris durement à la colonisation française, parlant même de « crime contre l’humanité ». Simple coup diplomatique ? Pas seulement. Le chef de l’Etat fait partie de ce qu’on pourrait appeler les « relativistes » de l’histoire, à ne pas confondre avec les « révisionnistes ». Traduction : il ne goûte guère aux histoires officielles, construites a posteriori pour servir la cause de tel ou tel mouvement politique, mais s’appuie davantage sur des courants de pensée proches de la revue des « Annales », dont la figure de proue est Emmanuel Le Roy Ladurie.

Ce refus d’être le chantre de l’histoire officielle, souvent façonnée par les vainqueurs, et à leur seul avantage, a un mérite. Il nous indique que cet homme, insaisissable feu follet, n’est pas enfermé dans des dogmes et qu’il est prêt à opérer sa propre métamorphose. A entrer en résistance, comme le colonel de Montcornet, pour construire une société plus juste. A se débarrasser du costume déjà éculé du président des riches. A jeter aux orties toutes ces fadaises sur la start-up nation. A engager un plan d’urgence pour les hôpitaux.

Son geste de contrition devant des infirmières de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière doit être suivi d’actes, dès demain si possible. Ce déplacement dans l’Aisne, en apparence anodin, sur le terrain d’un champ de bataille oublié, sera-t-il le départ, comme pour de Gaulle, d’une nouvelle ère, plus radieuse, plus juste, sans réforme des retraites, sans « gilets jaunes », sans drames de la paupérisation que la pandémie du Covid-19 n’a fait qu’accélérer ? Emmanuel Macron aura bien besoin de l’esprit de combat d’un colonel vaincu pour engager ce pari.




Source link

Share

Regdnews est un site d’agrégation d'actualités qui vous permet de pouvoir suivre toutes l’actualités française et du monde en temps réel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *