Date du Jour :27 septembre 2020

TRIBUNE. « Si même Emmanuel a cessé de croire à Macron, alors plus personne n’y croira »

Emmanuel Macron est-il en voie de… hollandisation ? Le président jeune et audacieux, qui remontait les Champs-Elysées en véhicule militaire, qui rudoyait les corps institués, qui semblait vouloir « renverser la table » de la diplomatie mondiale, est aujourd’hui dépassé dans les sondages par une figure plébiscitée pour son côté rassurant, voire prudent, son propre Premier ministre, Edouard Philippe.

Comme sous François Hollande, les courbes de l’exécutif se croisent. Coup sur coup, deux baromètres ont enregistré un découplage des popularités du couple exécutif, une première dans un quinquennat où les courbes avaient toujours évolué en parallèle. Tout indique que, sous le regard intense de Français rivés à leurs écrans – avec une audience record de 36,5 millions de téléspectateurs pour le seul discours de « déconfinement » d’Emmanuel Macron, le 13 avril –, une dissociation s’est opérée entre la perception du Premier ministre et celle du président.

Edouard Philippe a toujours été « en retrait », peu marquant, peu flamboyant. Solide, sans doute, mais sans « acte lourd », en dehors, peut-être, de la limitation de vitesse à 80 km/h. Une mesure très contestée, mais dont les Français ne lui tiennent pas rigueur. Ils estiment que les deux têtes de l’exécutif s’en partagent la responsabilité à égalité. D’ailleurs, c’était rarement son nom que les « gilets jaunes » ou les manifestants contre la réforme des retraites hurlaient dans la rue. La parodie « A cause de Macron » ne rimait pas avec Philippe.Emmanuel Macron et Edouard Philippe : les masques tombent ?

C’est ce Premier ministre à l’image finalement banale que la crise a projeté sous le feu des projecteurs. Scruté sous toutes les coutures, passé au scanner par les commentateurs et disséqué, jusqu’à la signification symbolique potentielle du blanchissement asymétrique de sa barbe, Edouard Philippe s’est révélé. Ou plutôt, il a semblé « trouver sa place ».

A côté d’un président qui passe son temps, et épuise son crédit, à se chercher un modèle historique – Mitterrand au Louvre, Sarkozy dans la rue, Chirac en Israël, Clemenceau à Mulhouse, De Gaulle aujourd’hui –, le Premier ministre a épousé, par contraste, la cause de la réalité. Tandis que Macron semblait vouloir incarner les mots, Philippe a pris le parti des choses.

S’il n’est pas parvenu à convaincre les Français de l’efficacité du gouvernement « pour gérer la crise sanitaire », comme en témoigne l’évolution des courbes de confiance, du moins a-t-il réussi à incarner des qualités humaines attendues dans la période.

Macron et de Gaulle, même combat ?

L’humilité, quand il acceptait de répondre aux questions des journalistes, et expliquait ce qu’il savait et ne savait pas, en prenant le temps nécessaire. La sobriété, quand il ne cédait pas aux envolées lyriques. La clarté, quand il s’entourait de spécialistes et s’appuyait sur des présentations PowerPoint.

Ces qualités étaient d’autant plus souhaitées par les Français qu’ils jugeaient, par ailleurs, le positionnement présidentiel d’un œil critique. Tantôt en surplomb, tantôt au charbon, intervenant sur tout – pour démentir la quarantaine aux frontières, l’enfermement prolongé de personnes âgées ou pour promouvoir un été « apprenant et culturel » –, appelant à la « responsabilité individuelle », puis paraissant infantiliser des Français « chamailleurs »… Plus le président louvoyait, plus le Premier ministre apparaissait comme un pôle de stabilité. Plus le président montrait d’audace, plus le Premier ministre surjouait la prudence.

Il n’a pas fallu longtemps aux commentateurs pour voir dans ce croisement des courbes le début d’une rupture, ou d’un limogeage. Comme si dépasser le président en popularité était, sous la Ve République, davantage le problème du Premier ministre que du président lui-même. Comme s’il fallait, au fond, effacer cette anomalie que l’on ne parvient pas réellement à comprendre.

L’énigme de la popularité d’Edouard Philippe

Comment un président jeune, dynamique, qui se veut autoritaire ou en tout cas vertical, comment un président qui, loin s’en faut, n’a jamais prétendu être « normal » peut-il être ainsi « recadré » par son Premier ministre ? Comment Jupiter peut-il être dépassé par Hercule ? La réponse est à la fois simple et compliquée : perdu dans sa panoplie de rôles, encombré de modèles, Emmanuel Macron a oublié d’être… Emmanuel Macron.

Le Macron d’En Marche !, qui savait concilier l’horizontalité participative de la « grande marche » avec la verticalité. Le Macron du « spoil system », prêt à « disrupter » une administration lourde, tournant en rond sur elle-même. Le Macron préférant l’ouverture aux nouvelles idées aux vieilles querelles idéologiques.

On a cru retrouver un peu du candidat de 2017 dans le discours du 13 avril, jugé convaincant par les deux tiers des Français, lorsqu’il mit l’administration sous tension en lui imposant une date de déconfinement au 11 mai. Mais l’élan présidentiel est retombé bien vite, enlisé dans les couacs ministériels et la lourdeur d’une administration qui n’a plus l’air de redouter grand-chose d’un pouvoir politique discrédité.

Macron peut-il redevenir cet homme-là ? Rien n’est certain, sauf une chose : si même Emmanuel a cessé de croire à Macron, alors plus personne n’y croira.




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