Date du Jour :7 juillet 2020

« Votre santé est bel et bien dans votre assiette »


Comment adapter son régime à sa pathologie lorsqu’on est affecté par une maladie chronique ? Et, surtout, comment continuer à s’alimenter de manière équilibrée malgré les interdits alimentaires, parfois signalés par son médecin traitant ? Ces questions taraudent quelque 20 millions de personnes en France qui souffrent d’affections chroniques (diabète, maladie de Crohn ou encore endométriose). Une application permet aujourd’hui d’y répondre en scannant simplement les produits que l’on glisse dans son chariot au supermarché. Les bénéfices et les risques de plus de 200 000 aliments y sont détaillés en fonction des pathologies dont souffre chaque patient. Y sont également proposées des recettes susceptibles de préserver ou même de développer l’immunité des patients. Entretien avec sa créatrice, Sophie Janvier.

Le Point : Un adage populaire soutient l’idée que « notre santé est dans notre assiette ». ChroniCoach semble faire écho à cette formule puisqu’elle liste les aliments que les malades chroniques devraient privilégier pour éviter des problèmes de santé. Comment est née l’idée de cette « appli » ?

Sœur et fille de chef cuisinier, Sophie Janvier est la créatrice de l’appli ChroniCoach.
© DR

Sophie Janvier : Cet adage est en vérité confirmé par l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) : la plupart des maladies chroniques pourraient être prévenues avec une meilleure alimentation. Le dernier rapport sur les Maladies chroniques (Michel Chassang et Anne Gautier, 2019) du Conseil économique, social et environnemental (Cese) rappelle aussi le rôle de l’alimentation dans l’explosion des maladies chroniques en France. Songez qu’il y a 20 millions de malades chroniques en France ! Qui ont intuitivement le sentiment que ce qu’ils mettent dans leur assiette va impacter ce qui se passe dans leur corps. Or l’alimentation reste le parent pauvre de la médecine en France. J’ai passé un DU de nutrition thérapeutique et effectué des stages en hôpital : j’ai été frappée par les nombreuses questions que les malades posaient sur l’alimentation et sur la difficulté qu’ils avaient à trouver des réponses. Et quand ils en avaient, c’était trop souvent sous forme d’injonctions à faire un régime, à adopter une alimentation « punitive ». Je suis fille et sœur de chef, j’ai grandi dans un restaurant avec l’amour des bons produits et du « bien manger ». Je me suis dit qu’il était possible d’accompagner les malades vers une alimentation qui réconcilie plaisir et santé.

Diriez-vous que votre appli est une sorte de Yuka médical ?

Yuka a ouvert une voie. Grâce à cette application, les gens ont ouvert les yeux sur la composition des produits du supermarché. Et le succès de l’application a permis de faire pression sur les industriels de l’agroalimentaire. C’est évidemment une application qui m’a inspirée. Comme Yuka, ChroniCoach permet en effet de scanner les produits alimentaires pour savoir s’ils sont « à limiter » ou « à privilégier » pour sa pathologie. Pour ce faire, nous nous basons sur les recommandations du PNNS (Plan national nutrition santé), de l’Anses et sur celles des sociétés savantes par pathologie. Le comité scientifique de ChroniCoach, composé de cinq médecins spécialistes et de deux diétiticiens-nutritionnistes, est là pour garantir la fiabilité des règles sur lesquelles repose la notation des aliments.

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En dehors du diabète, quelles maladies chroniques nécessitent un suivi diététique particulièrement attentif ?

Toutes ! Car une maladie, c’est déjà un dérèglement de l’homéostasie du corps, de son harmonie physiologique. L’alimentation aide à rétablir celle-ci (mais ne remplace pas évidemment un traitement médicamenteux) et à prévenir d’éventuelles complications : manger moins de sucre, moins de graisses animales, moins de sel, plus de fruits et légumes, c’est déjà mettre des atouts dans son jeu. Mais cela, chacun ou presque le sait aujourd’hui. Or il y a surtout des spécificités par maladie, et c’est ça que nous traitons plus particulièrement.

Par exemple, si vous avez une maladie inflammatoire chronique de l’intestin en phase active (c’est-à-dire « en poussée »), on vous conseillera de limiter les fibres (alors qu’on dit à la population générale, à raison, d’en manger le plus possible) pour ne pas aggraver les symptômes. Si vous avez un cancer du sein et que vous êtes sous chimiothérapie, vous allez avoir des effets secondaires qui vont perturber votre alimentation : l’application ChroniCoach en tient compte. Nous vous proposerons par exemple des recettes « molles » en cas de mucite, ou des recettes de plats qui ne dégagent pas d’odeurs incommodantes en cas de nausées. Nous essayons de nous adapter non seulement à chaque pathologie, mais aussi à chaque situation particulière dans la maladie.

Vous êtes accompagnée par un comité scientifique composé, outre de diététiciens, de médecins supervisant les contenus que vous publiez. Jusqu’où vont les médecins dans leurs préconisations ?

Les médecins ont trois rôles. En amont, ils nous aident à définir les règles qui permettent de noter les aliments. Ils sont là pour garantir que ces règles sont fondées sur une littérature scientifique et pas sur de pseudo-recettes magiques telles qu’on peut en lire sur Internet. Cependant, je me suis entourée de médecins « ouverts », non dogmatiques, et qui vont donc aussi s’appuyer sur le ressenti des patients, s’ouvrir éventuellement à la naturopathie, à la méditation. Leur deuxième rôle est de relire l’ensemble des conseils que nous donnons sur l’application pour en garantir, là aussi, la pertinence. Enfin, ils ont un rôle de veille et nous alertent dès que de nouvelles études permettent d’établir ou d’infléchir des recommandations nutritionnelles.

Parmi eux figure le Pr Laurent Zelek, chef du service d’oncologie médicale à l’hôpital Avicenne de Bobigny. Que recommande-t-il aux malades ayant développé un cancer ?

D’abord, cela va dépendre du type de cancer : sur l’application, nous ne traitons pour l’heure que du cancer du sein. Le Pr Zelek le dirait mieux que moi, mais les patients qui ont déjà développé un cancer ont plus de risques que les autres de développer un nouveau cancer. Pour s’en prémunir, une alimentation riche en fruits et légumes est déjà quelque chose de très important. Et je vais vous dire pourquoi, car, en général, les gens retiennent « cinq fruits et légumes par jour », mais sont incapables de dire à quoi ça sert. Or, les fruits et légumes apportent des vitamines, des minéraux, de l’eau et surtout des fibres, qui vont permettre de nourrir favorablement notre microbiote (autrefois appelé flore intestinale), qui vont empêcher que le taux de sucre dans le sang ne monte trop rapidement et qui vont apporter de la « satiété », ce qui évite de trop manger.

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Que préconise, par ailleurs, le Dr Antonio Gallo, endocrinologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, qui vous accompagne, s’agissant de l’hypertension ?

Le Dr Antonio Gallo dit très clairement que l’alimentation est le traitement de première intention en matière d’hypertension. Cela veut dire très concrètement qu’on peut soigner une hypertension sans médicament, par de simples changements d’alimentation. En la matière, le plus important est de réduire sa consommation de sel, d’augmenter celle de fibres (en mangeant des fruits et légumes, des céréales complètes, des légumineuses) et, sauf contre-indication de maladie rénale, de favoriser les aliments qui contiennent du potassium : haricots blancs, lentilles, épinards, fruits secs…

Une gynécologue spécialiste de la fertilité intervient aussi à vos côtés. Est-ce à dire que nos repas peuvent jouer un rôle dans ce domaine ?

Oui, limiter les perturbateurs endocriniens (notamment les pesticides) est une sage précaution. De même que les additifs suspects.

Votre application est gratuite aujourd’hui. Quel modèle économique développez-vous ?

Nous sommes en train de développer une version premium, avec des fonctionnalités complémentaires et notamment l’accès à toute notre base de recettes et un suivi personnalisé des repas. Cette version sera disponible sur abonnement. J’ai aussi le projet de développer des services complémentaires en dehors de l’application pour élargir encore notre audience.

Si la prévention des maladies est au cœur de votre projet, envisagez-vous des partenariats possibles avec des acteurs tels que les autorités de santé, la Sécurité sociale ou les mutuelles ?

Oui, bien sûr. Nous avons des discussions déjà bien avancées avec une mutuelle, et nous souhaitons en effet que ChroniCoach puisse être proposée via l’intermédiaire des assurances santé. Ces acteurs connaissent parfaitement leurs adhérents et nous aident à imaginer des fonctionnalités sur-mesure. Ils sont en première ligne dans la prévention et savent tout le bénéfice qu’elle représente : plusieurs études (celles de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail notamment) ont montré qu’un euro investi dans la prévention peut générer jusqu’à 13 euros d’économies sur les frais de santé. Nous discutons aussi avec les entreprises, notamment les responsables des politiques en matière de handicap (la plupart des malades chroniques ont ce qu’on appelle des « handicaps invisibles »), de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou de qualité de vie au travail.



Lire l’article au complet sur www.lepoint.fr

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