Date du Jour :14 juillet 2020

Après le confinement, le sport français face au désengagement de ses sponsors

Il n’a pas vu venir la vague. « Ça nous est tombé dessus en quelques semaines », souffle François Gabart. Fin février, le skippeur français annonçait son intention de prendre du recul pendant un an, pour se ressourcer après avoir enchaîné les courses. A ses côtés, au siège de la Macif, son sponsor soutenait sa décision et se projetait vers l’horizon de leur premier tour du monde en solitaire, la Brest Oceans en 2023, sur leur trimaran géant volant.

Trois mois plus tard, au sortir du confinement dû au coronavirus, l’assureur a annoncé, mercredi 10 juin, retirer son soutien au marin avec lequel il était engagé depuis dix ans. Une décision « pas liée à la crise du Covid-19 », a insisté le groupe d’assurance, précisant que l’entreprise allait maintenir son budget sponsoring pour les années à venir, en le réallouant. Mais une décision qui découle de sa réflexion globale en vue de l’après-coronavirus.

Lire aussi Voile : « coup dur » pour François Gabart, privé de sponsor après le départ de la Macif

Et pourtant… Du cyclisme – où le partenaire titre de l’équipe CCC, une chaîne de magasins de chaussures et de sacs polonaise mal en point, a annoncé mettre un terme à son partenariat à la fin de la saison – au volley, en passant par le football, tous sont touchés. L’enseigne de restauration Bistro Régent a ainsi suspendu pendant la pandémie son partenariat maillot avec les Girondins de Bordeaux.

« Beaucoup de marques vont se recentrer »

« Le sponsoring sportif participe entre vingt et cinquante pour cent au modèle économique du sport français, suivant les sports, et est indispensable à la survie du secteur », énonce Magali Tézenas du Montcel, déléguée générale de Sporsora, le lobby des acteurs du sport. Or, de nombreuses entreprises qui paient pour associer leur nom à un club ou un sport s’interrogent sur la suite à donner, comme en 2008, après la crise financière mondiale.

« Dans ces périodes, la première ligne de dépenses à être rayée, c’est celle de la communication », rappelle Emmanuel Bayle, professeur en gestion du sport à l’université de Lausanne (Suisse). Avant de mettre en garde contre les analogies. « Au vu de la situation, il est logique de penser que beaucoup d’annonceurs et de marques vont se recentrer, prolonge Ludovic Dumas, ancien directeur sponsoring du PSG et de Renault F1, désormais consultant dans le domaine. Quand on a 90 % de ses employés au chômage partiel, la seule priorité, c’est le retour à l’emploi. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Fin des compétitions, perte de sponsors, baisse des adhérents… La crise plonge le sport amateur dans le désarroi

Une raison qui a poussé l’entreprise de croisières fluviales CroisiEurope à interrompre, début juin, son partenariat avec le Racing Club de Strasbourg, pensionnaire de l’élite en football. « C’est un coup dur, nous devions prolonger pour les trois saisons à venir avec ce partenaire historique, a admis Marc Keller, président du club alsacien. Comme toute la filière des croisières et du tourisme, l’entreprise est durement impactée. On a une relation qui dépasse le strict plan commercial, donc on les retrouvera quand ça ira mieux. »

« De gros doutes sur les saisons à venir »

Moins exposé que son confrère François Gabart, le skippeur vendéen Benjamin Dutreux a vu son partenaire titre, décroché en début d’année, jeter l’éponge. Sans surprise, Oceania Hotels n’ayant aucune visibilité quant à la reprise de ses activités, le sponsor « ne pouvait pas se permettre de s’engager et de prendre des risques pour ses collaborateurs », a constaté le navigateur, qui, à cinq mois du départ du Vendée Globe – tour du monde en solitaire en monocoque de catégorie Imoca –, se retrouve avec 350 000 euros de budget à combler. La chaîne s’est également retirée de ses engagements envers le Stade brestois 29 et le Brest Bretagne Handball.

« Parmi les annonceurs, le secteur touristique a le plus souffert de l’arrêt total, analyse Philippe Bailly, cofondateur de Sport Index, un centre d’expertise sur l’attractivité des disciplines sportives qui a mené deux enquêtes sur le sujet depuis le déconfinement. Et il va y avoir un effet de traîne. » Selon une étude menée début avril par l’Union sport et cycles auprès de 900 entreprises, plus de 60 % des sociétés qui soutiennent un club sportif indiquent « qu’elles ne seront probablement pas en capacité à maintenir ce soutien à la rentrée », quand 27 % déclarent « vouloir diminuer leur soutien ».

En juin, traditionnelle fin de saison – hors période d’interruption liée au Covid-19 –, de nombreux contrats de sponsoring arrivent à échéance et doivent être renégociés. Et bien des acteurs, notamment de sports moins exposés que le football mais dépendant plus de leurs partenaires, redoutent un coup de rabot. « On a de gros doutes sur les saisons à venir, car des entreprises, et beaucoup, vont devoir réduire la voilure », anticipe Magali Tézenas du Montcel.

Prémices d’un nouveau cycle

Pourtant, « c’est moins pire que ce à quoi on aurait pu s’attendre, observe Ludovic Dumas, très au fait des négociations en cours. Quelques entreprises prises à la gorge arrêtent leur partenariat, mais ce n’est pas la majorité. » Jean-Pascal Gayant, économiste du sport à l’université du Mans, envisage pour sa part « une concentration des moyens sur les plus gros clubs, à la plus grande visibilité ».

Cela peut augmenter le fossé entre les gros clubs – et les sports les plus visibles – et les autres. « Mieux vaudra être sponsor maillot d’une équipe de bas classement de Ligue 1 que de tenir à bout de bras une équipe cycliste qui ne va pas être sélectionnée pour le Tour de France. » Moins en vue, le sport au féminin redoute aussi de pâtir de la situation. Pour un Accor, qui, en dépit d’une situation incertaine, réaffirme son partenariat avec le Paris Saint-Germain, combien de départs ? « Le vrai bilan, on ne pourra le faire qu’à la fin de l’année », juge Ludovic Dumas.

Lire aussi Les débats suscités par l’US Open traduisent les divisions du tennis mondial

Ayant perdu la visibilité des matchs, les marques qui se réengagent surfent sur l’occasion pour communiquer sur leur solidarité avec le secteur sportif. Et certains veulent voir dans cette approche les prémices d’un nouveau cycle, où de nouveaux sponsors, venus notamment de l’économie solidaire, viendraient associer leur nom au sport, où « cette technique de communication publicitaire qu’est le sponsoring a fait ses preuves », constate Emmanuel Bayle. François Gabart, lui aussi, aspire à « ajouter un sens social » à son futur partenariat. En attendant, c’est sous une voile blanche, vierge de sponsor, que son futur bateau – qui appartient à la Macif – sortira l’an prochain des chantiers.


Lire l’article au complet sur www.lemonde.fr

Share

Regdnews est un site d’agrégation d'actualités qui vous permet de pouvoir suivre toutes l’actualités française et du monde en temps réel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *